Démarche esthétique
Ce n'est pas un hasard si j'ai choisi le Raku comme mode d'expression. Cette technique de cuisson connote en effet le passé lointain des cultures orientales, mais permet aussi l'expression des sensibilités les plus contemporaines par la violence de ses matières brutes et l'austérité de ses couleurs. C'est cette double appartenance qui me permet au mieux d'exprimer mon univers personnel.
J'aime en effet réactiver les traces du passé et les réinsérer, comme citations, dans mes sculptures. Ces dernières évoquent souvent des objets aux destinations incertaines, vestiges de civilisations perdues, objets rituels consacrés à quelque culte oublié et mystérieux...
C'est la raison pour laquelle je travaille sur des formes simples: sphère, cône, cube…, figures archétypales qui circulent depuis des temps immémoriaux, de civilisation en civilisation, figures «chargées» de concepts et de symboles. Le recours à l'écriture, toujours illisible, à ces calligraphies imaginaires participe évidemment de cette même volonté de relier entre eux des fragments de mémoire, des bribes de cultures. L'Écriture est trace, repère, marquage de territoire, du graffiti à la table de Lois ...
Le Raku, de plus, avec ses effets de matière spécifiques, sert également un univers plastique à forte charge signifiante. Il permet en effet l'association des contraires: la grossièreté brute de la terre sablée contraste avec la douceur soyeuse de la peau de l'émail. Et je démultiplie ce jeu des contraires, à tous les niveaux: le plein et le vide, le masculin et le féminin, la sérénité et la tourmente, l'éclatement anarchique des couleurs et la retenue des plages calligraphiées ... Ces contrastes se retrouvent ainsi associés dans une nostalgie d'harmonie, un rêve de résolution des contraires.
Le Raku, enfin, sert au mieux mon univers imaginaire en ce sens qu'il accuse la présence obsédante des marques du Temps: usure, craquelures, déchirures, fractures ..., autant d'«accidents techniques» propres au Raku, certes, mais aussi autant de marques d'une perception intime du Monde. L'importance des empreintes: lettres, signes, traces de textile, de fibres végétales... participe également de cette préoccupation du Temps car l'empreinte implique la disparition, elle est trace fragile d'une présence éphémère, tentative dérisoire de fixer l'instant.